une nouvelle page à écrire

« On peut se laisser dépérir dans le manque, on peut aussi y trouver un surcroit de vie. L’automne et l’hiver qui ont suivi ta mort, je les ai occupés à défricher pour toi ce petit jardin d’encre. »

Christian Bobin, « La plus que vive »

C’est en pensant à ces phrases écrites par Christian Bobin dans la préface de son livre évoquant la perte de sa « plus que vive » que nous avons conçu ce projet d’accompagnement de personnes endeuillées. Ce projet vient répondre à une nécessité de proposer aux personnes endeuillées, possiblement isolées, une activité collective, ressourçante, consolante. Une activité qui permette que l’intime et le personnel soient pris en charge par une forme de communauté et de solidarité.

Le travail de deuil, qui demande une temporalité longue, est souvent fait dans le silence, dans la solitude, dans le retrait. Le veuvage est particulièrement pudique, indicible tant il est censé faire partie de l’ordre des choses. Mais il peut s’avérer source de grande souffrance, tant la perte des liens et des repères est dévastatrice.

Notre proposition consiste en cycles de rencontres bi-mensuelles durant lesquelles sont proposées, en plus des échanges de paroles et de conversations libres, des consignes d’écriture. Ecrire aux êtres manquants, pour pouvoir continuer de dialoguer avec eux, pour intérioriser ce dialogue, pour tenter de combler un vide, pour soulager la douleur et la tristesse par une expression créative individuelle et commune. La création étant finalement une façon de contrer la disparition, de remettre du désir, de lutter contre la dépression, et de créer une forme d’émulation personnelle et collective. Afin que des textes, des poèmes, des lettres, des chansons, des témoignages puissent être consignés, réunis, retravaillés et composent un livre, qui pourrait aller rejoindre sur les étagères des bibliothèques du deuil les ouvrages de Christian Bobin, Brigitte Giraud, Joan Didion, Joyce Carol Oates, pour ne citer qu’elles et lui. Non pas dans l’idée grandiloquente de laisser une œuvre impérissable mais plutôt de contribuer, modestement à la recherche de moyens de consolation et de transmettre aux autres, aux futurs endeuillés une forme d’accompagnement, de pensées et de soutien.

Démarré en 2024, Une Nouvelle Page à écrire a déjà accueilli plus de 70 participant.es. Les personnes viennent une fois, deux fois, ou à chaque séance. Chacune vient vérifier quelque chose : qu’elle n’est pas solitaire dans ce qu’elle traverse, et qu’elle a en elle une force de vie. Il y a une grande liberté dans ces ateliers : liberté de suivre les consignes d’écriture ou de les détourner, liberté d’écrire ou simplement d’être là, avec les autres, liberté de lire ou de ne pas lire…

L’objectif est de donner au chagrin, à la perte, au manque, au silence, une voix et des mots, de leur faire une place dans la vie d’aujourd’hui, une place créative. Souvent, on peut se trouver étonné par soi-même devant les textes écrits, on peut se trouver émerveillé devant les textes des autres. Car oui, le deuil peut se partager, le deuil ne passe pas, il reste actuel, vivace et peut ouvrir des capacités poétiques insoupçonnées.

Nous proposons en sus des consignes d’écriture, des accompagnements artistiques qui permettent des créations qui se répondent et résonnent entre elles : la musique et la composition, la gravure et les papiers découpés. Ainsi, les mots gravés prennent du poids et de la force, les mots chantés consolent et rythment les pas, les mots inscrits au travers des fenêtres de papier déplient le temps et les souvenirs.

L’action va perdurer jusqu’à l’automne 2027 et va consister en ateliers d’écriture, en la création d’un livre commun et en une représentation publique et musicale des textes écrits.

Un des textes écrits en atelier, texte de A. à partir de la consigne d’écriture :  « ce que tu as gravé en moi ».

Ce que tu as gravé en moi...
L'envie de continuer
la marche, les rires, les rencontres
l'art du partage
une certaine reconnaissance
la marche au pas
lent
le regard tourné vers soi
et vers les autres
Respirer profondément

Les feuilles tombent
tournoient
échangent leurs nutriments
à la terre
Oui retour à la terre
Terre-mère

Auprès de ton arbre
Pas celui que tu avais choisi
Mais celui qui t'a choisi
Comme un gardien de l'éternel
Au gré des saisons
Le temps n'attend personne

Pourtant ta voix est toujours présente
comme les couleurs
que tu nous a laissé sur ces toiles
comme des étoiles
qui illuminent encore le regard des vivants
Car oui la vie est toujours là
Un peu bancale parfois
Difficile souvent
La poussière continue sa danse
Dans l'air saturé d'absences

Les souvenirs se font légers
Souvent les rêves sont une porte ouverte
à revisiter des moments du passé
par delà la matière et les mots
restent les impressions

Cette façon particulière que tu avais
de montrer ton affection
et ce cadeau de t'aimer
et de se sentir aimée

AIME SÈME

RÊVONS

Ce projet innovant est financé par Malakoff Humanis, KALIVI-BFC et la Fondation PFG.

dates en 2026

dates en 2025

article en ligne écrit par notre partenaire KALIVI

rencontre le 13 mai à la pimenterie

Le 13 mai aura lieu à la Pimenterie une première rencontre de toute personne, toute institution concernées par le deuil et intéressée par une nouvelle page à écrire.

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