une nouvelle page à écrire

« On peut se laisser dépérir dans le manque, on peut aussi y trouver un surcroit de vie. L’automne et l’hiver qui ont suivi ta mort, je les ai occupés à défricher pour toi ce petit jardin d’encre. »

Christian Bobin, « La plus que vive »

C’est en pensant à ces phrases écrites par Christian Bobin dans la préface de son livre évoquant la perte de sa « plus que vive » que nous avons conçu ce projet d’accompagnement de personnes endeuillées. Ce projet vient répondre à une nécessité de proposer aux personnes endeuillées, possiblement isolées, une activité collective, ressourçante, consolante. Une activité qui permette que l’intime et le personnel soient pris en charge par une forme de communauté et de solidarité.

Le travail de deuil, qui demande une temporalité longue, est souvent fait dans le silence, dans la solitude, dans le retrait. Le veuvage est particulièrement pudique, indicible tant il est censé faire partie de l’ordre des choses. Mais il peut s’avérer source de grande souffrance, tant la perte des liens et des repères est dévastatrice.

Notre proposition va donc consister en cycles de rencontres bi-mensuelles durant lesquelles seront proposées, en plus des échanges de paroles et de conversations libres, des consignes d’écriture. Ecrire aux êtres manquants, pour pouvoir continuer de dialoguer avec eux, pour intérioriser ce dialogue, pour tenter de combler un vide, pour soulager la douleur et la tristesse par une expression créative individuelle et commune. La création étant finalement une façon de contrer la disparition, de remettre du désir, de lutter contre la dépression, et de créer une forme d’émulation personnelle et collective. Afin que des textes, des poèmes, des lettres, des chansons, des témoignages puissent être consignés, réunis, retravaillés et composent un livre, qui pourrait aller rejoindre sur les étagères des bibliothèques du deuil les ouvrages de Christian Bobin, Brigitte Giraud, Joan Didion, Joyce Carol Oates, pour ne citer qu’elles et lui. Non pas dans l’idée grandiloquente de laisser une œuvre impérissable mais plutôt de contribuer, modestement à la recherche de moyens de consolation et de transmettre aux autres, aux futurs endeuillés une forme d’accompagnement, de pensées et de soutien.

Ce projet innovant est financé par Malakoff Humanis.

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