ré-inventer sa vie

«Ré-inventer sa vie» est un projet artistique conçu pour les résidents de l’Établissement d’Accueil Spécialisé Ugecam les Villandières de Charnay les Mâcon, qui a démarré en mars 22 et se terminera en novembre 2022. Il est animé par une jeune équipe d’artistes pluridisciplinaire du spectacle vivant.

Il prend comme axe la nécessité de travailler sur l’autodétermination des personnes, et sur leur accès à une vraie citoyenneté, et sur la reconnaissance de leur monde poétique, imaginaire et philosophique. Oui, on peut être dépendant tout en revendiquant une part d’autonomie et son statut d’adulte, avec tout ce que l’adulte est censé pouvoir faire pour sa propre existence : consentir, choisir, dire non, se révolter, argumenter, se raconter avec ses propres mots, prendre des décisions, rêver son avenir, et ré-inventer son futur selon ses désirs.

Première étape: un travail d’écriture de textes et de chansons, de dessins et de collage, qui prendra la forme de correspondances, de lettres et d’envois adressés à des personnes réelles, des proches, des personnes lointaines, manquantes, rêvées. Il y sera question de dire des choses de toutes sortes, qu’elles soient réelles, imaginaires, fantaisistes ou fantasmées et qui concernent la vie telle qu’elle est et telle qu’on la souhaiterait pour soi-même dans l’avenir. .

Pour ce faire, l’équipe artistique a proposé chaque semaine une performance réunissant chansons, lectures de textes, dessins en direct, improvisations et interactions avec les participants

Deuxième étape : la conception d’un spectacle de théâtre d’objets, joué par les personnes et par l’équipe artistique, à partir des écrits, des témoignages recueillis lors de la première étape, et qui par le biais du détournement d’objets du quotidien, sensibilisera le public à la vie, certes avec des empêchements, mais pleine et entière des personnes porteuses de handicap.

Être considéré comme un adulte doué d’une part d’autonomie, c’est pouvoir prendre la parole publiquement et être entendu.

Voici quelques unes des créations réalisées entre mars et juin 2022 et qui intégreront le spectacle du mois de novembre.

Dans mon enfance

Dans mon enfance, il y avait des fêtes avec des oncles, des tantes, des cousins, des cousines
c’est quand l’enfance ? L’enfance c’est dans la tête. L’enfance, c’est toute la vie.
Dans mon enfance il y avait les montagnes du Morvan
il y avait la neige l’hiver et les jeux de luge
il y avait du bonheur
il y a eut mes premiers pas à l’âge de 7 ans, et le début de mon autonomie
il y a eut des aller-retour à l’hôpital à Lyon
il y avait un couverture par terre sur laquelle ma mère m’installait et me calait pour que je puisse jouer
il y avait moi dans une chaise de bébé jusqu’à mes 6 ans
il y avait les bras de mes parents qui ne tenaient pour que je puisse manger
il y avait un déambulateur à ma taille d’enfant
il y avait mon copain Gérard et mon copain Antonio
il y avait ma sœur avec qui j’arrosais les fleurs
Dans mon enfance il y a eut une opération des jambes
il y a eut un circuit électrique, des jeux de cartes
il y a eut Dolly le chien
il y a eut les étoiles la nuit
Dans mon enfance, il y avait une petite fille qui s’appelait Patricia qui s’était rendu compte que je ne marchais pas et qui m’aidait à enlever mon blouson.
Il y avait aussi d’autres enfants à qui je faisais peur et qui se réfugiaient dans les bras de leur mère quand ils me voyaient.


J'aime l'amour :  musique et chant de Sidonie Dubosc

La manif de la vaisselle cassée

Je suis le verre brisé
Je suis l’assiette fêlée
Je suis la tasse sans anse
Je suis le couteau sans manche
Je suis le seau percé
Je suis la fourchette tordue
Je suis la roue voilée
Je suis le pneu crevé
Je suis le vase ébréché
Je suis le clou rouillé
Je suis le bois vermoulu
Je suis le mouchoir déchiré
Je suis la photo jaunie
Je suis l’horloge aux aiguilles arrêtées
Je suis la bougie fondue
Je suis le bas filé
Je suis le gant troué
Je suis le livre corné
Je suis l’échelle branlante
Je suis la table bancale
Je suis le volet qui laisse passer le jour
Je suis la chaussure aux semelles élimées
Je suis la lampe qui n’éclaire pas assez
Je suis le collier aux perles perdues
Je suis l’allumette brûlée
Je suis le mégot consumé
Je suis la voiture qui ne démarre plus
Je suis la chaise à laquelle il manque un pied


Derrière ma porte il y a :

plein de bonbons au chocolat
le néant
l’univers, les planètes, les étoiles
des voyages dans l’air
mon papa et mon frère partis au paradis et qui me disent de ne plus avoir peur de la mort, c’est un endroit paisible
des licornes et des arcs en ciel
la mer bleue turquoise d’été, où l’on peut se baigner
des bouquets de tulipes
des îles paradisiaques
un cabanon en bois pour faire de l’ombre
de l’amour et de l’amitié
la gentillesse de mon amie Dominique que j’aime beaucoup
des vacances en famille
des discussions et des moments de partage avec mes parents
un paysage vert rempli de pommiers
des balades et des après midi de pêche
un grand mélange de couleurs
une bonne compagnie
de la vie
de la liberté
de la lumière
la montagne en été (mais pas celle d’hiver, car la neige est belle mais elle cache toute la nature, et moi j’aime la nature)
de longues siestes à l’ombre des arbres
mes proches décédés, mes amis, tous ceux que j’aime
un verre de coca
un verre de cocktail
une musique douce avec du violon, du piano, de la guitare, de la basse, de la trompette (mais douce, attention) et de l’harmonica)
l’odeur de la brume et du feu de bois
l’odeur de la campagne après la pluie, et l’herbe fraîchement coupée
un petit café dans un bar
des pensées qui s’en vont et qui reviennent
de la musique disco
des gnocchis à la tomate, comme en Italie


La météo des sentiments

La météo des sentiments
Une carte du monde en projection
Des émotions en prévision
La pluie, le vent
Le réchauffement
Les nuages blancs
Soleil couchant
Les turbulences des sentiments
Et l’alternance de c’qu’on ressent
Demain je serai comment ?

Je serai triste ?
Brumes matinales

Je serai changeant ?
Giboulées de mars

Je serai gai ?
Longues éclaircies

J’serai fatigué ?
Anti-cyclone

Je serai fâché?
Pluie verglaçante

J’aurais le sourire ?
Flocons de neige

Je serai colère ?
Orages qui grondent
Coup de tonnerre


Je tremble

musique  : Sidonie Dubosc

Je n’aime pas t’entendre crier
Car quand tu cris
Mes jambes se mettent à trembler
Et je ne peux plus les arrêter

Je tremble et c’est la terre qui tremble
Et tout s’écroule, les maisons, ma gaieté
Je tremble comme les feuilles dans le vent
Je tremble comme le reflet dans l’eau
Je tremble comme l’enfant fiévreux
Je tremble comme l’animal peureux
Comme l’oiseau dans le froid
Je tremble de colère et d’effroi mélangés

Je tremble de n’être plus aimé
De n’être pas compris
Je tremble de ma fragilité

Je n’aime pas t’entendre crier
Je n’aime pas t’entendre crier


Les correspondants

Jean-Luc écrit à la terre entière
Jean-Luc ne fait pas les choses à moitié

Béatrice écrit à son père
Pour lui dire que derrière ses yeux fermés, elle le voit, elle l’entend et lui parle souvent.
Alors ils boivent le café et discutent comme avant.

Raphael écrira peut-être à quelqu’un et je crois bien que ce quelqu’un, c’est lui-même, un lui-même un peu secret mais bien présent

Leïla écrit à celui qu’elle aime, en lettres d’or car l’amour, elle pense que c’est ce qu’il y a de plus précieux

Jean-Pierre écrit à ceux qui fuient la guerre, car la guerre, c’est du malheur qui est trop lourd à porter, alors il faut le partager

Franck écrit aux filles qui chantent aigü car quand les filles chantent aïgu, il a l’impression de décoller et alors là, le quotidien n’existe plus

Isabelle écrit à ses enfants, des lettres toute brodées comme des couvertures qui bercent les bébés

Loïc écrit à sa mère, car là où elle est, elle le regarde, elle veille sur lui, et là où il est, il veille sur elle, car les gens que nous aimons, même morts, ne sont jamais très loin

Philippe écrit à Isabelle car Philippe est amoureux, alors chaque jour, pour lui, même en plein hiver, c’est le printemps

Pauline écrit à ses parents, un long poème plein de trésors, de cachettes, de questions et de réponses aussi

Ludivine écrira plus tard, elle n’est pas pressée, car de toute façon, le courrier, ça part à toutes les heures, même en pleine nuit, quand on pense très fort à quelqu’un

Adrien écrit aux chaussures à crampon de Griezman, au short de Zidane et aux cheveux de Neymar parce que ça le fait marrer, et que pour se marrer, il est très doué

Christine écrit au Père Noël pour lui demander de passer plus souvent parce qu’un jour par an, c’est vraiment des clopinettes

Nadia écrit à sa famille, et ça fait un gros paquet de lettres pour plein de gens, avec plein de mots doux dedans. Sa famille est loin, mais en lui écrivant, elle la sent toute proche, comme si ils étaient tous là, avec elle, dans sa chambre la nuit

Pascal, qui est haltérophile écrit des lettres très très lourdes, et tellement lourdes qu’il faut faire attention à ne pas les faire tomber sur ses pieds. Elles sont lourdes car dedans il y raconte des tonnes de trucs qu’il ne dit d’habitude à personne.

Nicolas écrit à des personnages qu’il aime bien, il écrit au Petit Poucet, au Chat Botté, aux trois mousquetaires, aux personnages qui peuplent les enfances et qui leur donnent de la force

Didier écrit à sa maison et aux bouts de ferraille qui l’attendent dans son jardin. Le fer, le métal, c’est solide, ça ne se brise pas, comme lui.

Sid écrit à sa soeur, car sa soeur, elle le défendra toute sa vie, elle le portera toute vie et avec elle, adieu les ennuis !

Frédéric écrit à sa nièce et à ses vingt ans, parce que 20 ans, c’est important, il faut lui dire qu’elle profite de chaque instant, et que lui son oncle, sera toujours fier d’elle

Rita écrit à Dominique, l’amie fidèle de chaque jour pour lui dire merci d’être là auprès de moi

Florence écrit à l’homme aveugle, celui qui n’a peur de rien, et surtout pas du noir et qui descend les pentes de montagne sur ses skis vertigineux. Le blanc de la neige et le noir de ses yeux, ça ne fait pas du gris, ça fait du bleu, comme le ciel pur, celui qui permet de voir et de s’envoler loin

Albano écrit à son fils pour lui dire meu querido filho, eu te amo, sinto sua falta, espero vê-lo novamente em breve. Obrigado por tudo. seu pai

Jonathan écrit à toutes les notes de son piano, tous les fa sol la si do, les dièses, les bémols, les trémolos, car quand il pose sa main droite sur le clavier du piano, il devient léger, comme un moineau

Jérémy écrit à un paysage coloré, car pour Jérémy, la gaieté, c’est sacrée et son sourire est comme l’arc en ciel, bien accroché et visible de très loin, même du Mont Blanc qu’on voit des fois depuis Mâcon les jours de beau temps

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